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Comment choisir son gilet de sauvetage en fonction de la réglementation, de la flottabilité et de l’usage nautique

Le gilet de sauvetage, désigné dans la réglementation sous le terme d’équipement individuel de flottabilité (EIF), constitue la première barrière contre le risque de noyade. Il a pour fonction de maintenir le porteur à la surface de l’eau et, selon son niveau de performance, d’assurer le retournement automatique du corps sur le dos afin de libérer les voies respiratoires, même en cas de perte de connaissance. Son efficacité dépend autant de sa conception que de son port effectif : un gilet non porté, même conforme aux normes, ne protège pas en cas de chute brutale ou inattendue. De plus, il en faut au moins un par personne à son bord. Le choix d’un gilet de sauvetage repose sur trois critères indissociables : le respect de la réglementation, à la zone de navigation, et l’adaptation à la morphologie du porteur. 

Aide à la flottabilité et gilet de sauvetage : une distinction essentielle

Il existe une différence fondamentale entre les aides à la flottabilité et les gilets de sauvetage. Les aides à la flottabilité, généralement d’une flottabilité minimale de 50 Newtons, sont conçues pour soutenir une personne consciente sachant nager. Elles n’assurent pas le retournement du porteur et sont destinées aux activités nautiques pratiquées à proximité des secours. Les gilets de sauvetage, à partir de 100 Newtons, offrent une protection supérieure : ils maintiennent la tête hors de l’eau et retournent automatiquement une personne inconsciente, ce qui les rend indispensables dès que les conditions deviennent plus exigeantes ou que l’éloignement des côtes augmente.

Comprendre la flottabilité exprimée en Newtons

La flottabilité d’un gilet est exprimée en Newtons (N), unité qui mesure la force exercée pour maintenir un corps à la surface. Les normes européennes ISO 12402 définissent quatre grandes classes : 50 N, 100 N, 150 N et 275 N. Les gilets de 50 N constituent une aide à la flottabilité et ne garantissent pas la sécurité d’une personne inconsciente. Les modèles de 100 N sont adaptés aux eaux calmes et à la navigation côtière. Les gilets de 150 N sont aujourd’hui la référence pour la navigation hauturière de plaisance, tandis que les 275 N sont réservés aux conditions extrêmes, notamment lorsque le porteur est équipé de vêtements lourds.

La norme SOLAS 2010 MSC.200 MED encadre strictement la conception et la certification des gilets de sauvetage professionnels destinés aux navires soumis à la convention SOLAS. Elle garantit un niveau maximal de sécurité en mer, imposant une flottabilité élevée, le retournement automatique d’une personne inconsciente, une visibilité renforcée et une efficacité dans des conditions extrêmes.

Le cadre réglementaire français (Division 240)

La réglementation française impose que chaque personne embarquée dispose d’un équipement individuel de flottabilité adapté à sa morphologie et à la zone de navigation :

  • Jusqu’à 2 milles d’un abri, une aide à la flottabilité de 50 N peut suffire selon l’activité. En sécurité réelle, si risque d’inconscience, préférez 100 N ou 150 N.
  • Entre 2 et 6 milles, un gilet de 100 N minimum est requis par personne à bord. Pour les personnes dont le poids et équipement dépassent les 100 kg, 150 N est souvent un choix plus robuste.
  • Au-delà de 6 milles, la flottabilité minimale exigée est de 150 N, assortie de l’obligation d’un harnais et d’une longe par bateau pour les bateaux à moteur et par personne pour les voiliers. Pour les personnes dont le poids et équipement dépassent les 100 kg, entre 180 N et 275 N est souvent un choix préférable.
  • Pour les enfants de moins de 30 kg, un gilet de 100 N minimum est obligatoire quelle que soit la zone de navigation. À ces exigences s’ajoute l’obligation d’un dispositif lumineux étanche d’une autonomie minimale de six heures.

Pour vous aider à choisir le bon équipement, nous avons ajouté des icônes sur les produits afin que vous puissiez rapidement identifier ceux qui conviennent à votre zone de navigation :

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Gilets en mousse et gilets gonflables : avantages et limites

Les gilets en mousse assurent une flottabilité permanente, sans mécanisme de déclenchement. Ils sont fiables, économiques et nécessitent peu d’entretien, mais leur encombrement peut limiter le confort et la mobilité. Les gilets gonflables, quant à eux, se distinguent par leur compacité et leur confort. La flottabilité est assurée par une cartouche de CO₂ qui gonfle une vessie en cas de déclenchement. Ils sont plus coûteux et demandent un suivi régulier, mais leur ergonomie explique leur large adoption en plaisance et en navigation professionnelle.

Sélection de gilets de sauvetage en mousse

Sélection de gilets de sauvetage en gonflable

Les différents systèmes de déclenchement des gilets gonflables

Les gilets gonflables peuvent être à déclenchement manuel, automatique par pastille hydrosoluble ou automatique hydrostatique. Le déclenchement manuel suppose une action volontaire du porteur et n’offre aucune protection en cas de perte de connaissance. Le déclenchement automatique par pastille s’active au contact de l’eau et apporte une sécurité accrue, mais nécessite un contrôle régulier de la pastille et de sa date de péremption. Le déclenchement hydrostatique, de type Hammar, repose sur la pression de l’eau et ne se produit qu’en cas d’immersion réelle, ce qui élimine le risque de gonflage intempestif sous la pluie ou les embruns.

Même si ces systèmes sont fiables, tous les gilets gonflables conformes aux normes sont équipés d’un dispositif de gonflage buccal. Ce tube, muni d’un clapet anti-retour, permet au porteur de compléter le gonflage à la bouche si la cartouche de CO₂ ne se déclenche pas totalement ou si la pression obtenue est insuffisante pour maintenir correctement la tête hors de l’eau.

Il est également fortement recommandé de disposer à bord d’un kit de réarmement adapté au modèle du gilet, comprenant une cartouche de CO₂ et, le cas échéant, un déclencheur neuf (pastille hydrosoluble ou système hydrostatique). En cas de déclenchement involontaire ou après une chute à la mer, le gilet devient inutilisable tant qu’il n’a pas été réarmé. Sans kit disponible, la poursuite de la navigation peut s’avérer dangereuse, voire non conforme à la réglementation.

Gilets de sauvetage gonflables avec déclenchement automatique

Gilets de sauvetage gonflables avec déclenchement Hammar

Adapter la flottabilité au poids et à la morphologie

La flottabilité annoncée par les fabricants est calculée pour un porteur type de 70 kg. En pratique, l’efficacité du gilet varie selon le poids, la taille et les vêtements portés. Une personne légère bénéficiera d’une flottabilité relative plus importante, tandis qu’un porteur plus lourd ou équipé d'un pantalon et d'une veste de quart devra privilégier un gilet de flottabilité supérieure. Le gilet doit également être correctement ajusté : sangles bien serrées, positionnement correct sur le buste et présence de sangles sous-cutales pour éviter toute remontée du gilet lors de l’immersion.

Gilets de sauvetage de forte flottabilité

Le cas particulier des enfants

Pour les enfants, la réglementation impose un gilet de 100 N minimum jusqu’à 30 kg, quelle que soit la zone de navigation. Le gilet doit être spécifiquement conçu pour leur morphologie, avec une sangle sous-cutale, une poignée de halage et des couleurs vives pour faciliter le repérage. Un gilet mal dimensionné ou trop grand perd rapidement son efficacité et compromet la sécurité de l’enfant.

Sélection de gilets de sauvetage pour les enfants

Les équipements complémentaires indispensables

Un gilet de sauvetage doit être complété par des accessoires destinés à améliorer le repérage et le secours. Le sifflet est obligatoire à partir de 100 N, et la poignée de halage est requise dès 150 N. Les bandes réfléchissantes, les lampes flash étanches, les capuches anti-embruns et les balises de détresse individuelles constituent des compléments fortement recommandés, en particulier pour la navigation de nuit ou au large.

Lampe flash pour équiper un gilet de sauvetage

Balise de détresse individuelles pour gilet de sauvetage

Entretien et contrôle des gilets de sauvetage

L’entretien régulier des gilets conditionne leur fiabilité. Un rinçage à l’eau douce après chaque utilisation en mer permet de préserver les matériaux. Les gilets doivent être stockés dans un endroit sec, aéré et à l’abri des rayonnements solaires. Les gilets gonflables exigent une vigilance particulière : contrôle des cartouches de CO₂, vérification de l’absence de corrosion, respect des dates de péremption des systèmes de déclenchement et remplacement systématique après tout déclenchement.

Le confort du gilet de sauvetage est un critère déterminant, car un gilet efficace est avant tout un gilet que l’on accepte de porter toute la journée.

Un modèle inconfortable, trop rigide ou mal ajusté finit presque toujours par être retiré, annulant ainsi toute protection en cas de chute imprévue à la mer. Un gilet bien conçu doit se faire oublier une fois porté : il ne doit ni comprimer le cou, ni frotter sous les bras, ni gêner la respiration ou les mouvements. Les gilets modernes, en particulier les modèles gonflables, sont plus légers et nettement moins encombrants que les anciennes générations, ce qui permet un port prolongé sans fatigue ni sensation d’oppression. Leur design compact et ergonomique offre une grande liberté de mouvement, indispensable pour les manœuvres, la pêche ou les activités nautiques dynamiques, tout en évitant les douleurs au niveau de la nuque et des épaules.

Gilets de sauvetage sélectionnés pour leur confort.

Les études menées par la SNSM confirment l’importance de cet aspect. Interrogés sur les freins au port du gilet de sauvetage, les plaisanciers citent en premier lieu l’inconfort (48 %), suivi de l’habitude (42 %) et du sentiment qu’il n’est pas utile (37 %). Viennent ensuite l’impression de perte de performance (22 %), le poids jugé excessif (17 %), l’esthétique (11 %) et le prix (9 %). Ces résultats montrent que le non-port du gilet est souvent lié à des idées reçues et à une expérience passée avec des équipements peu adaptés.

Les progrès récents réalisés par les fabricants en matière d’ergonomie, de compacité, de légèreté et de tenue près du corps, sans négliger l’aspect esthétique, permettent aujourd’hui de disposer de gilets confortables, faciles à enfiler et réellement supportables sur de longues durées. Le confort n’est donc pas un luxe : c’est une condition essentielle pour que le gilet soit porté et remplisse pleinement son rôle de protection.

Vous ne serez pas verba­lisé si vous ne le portez pas, mais en matière de sécurité en mer, le gilet le plus efficace n’est pas nécessairement le plus performant sur le papier, mais celui que l’on accepte de porter systématiquement.

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